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Prononciation de l’espagnol : 34 paires minimales à écouter

Une paire minimale, ce sont deux mots qui ne diffèrent que par un seul son. Qui les distingue maîtrise le son. Qui ne les distingue pas prononce pendant des années le même mot et s’étonne qu’on lui fasse répéter.

Cette liste est plus courte que les listes habituelles, parce qu’elle suit une seule règle : elle ne contient que les distinctions qui n’existent pas en français. Une différence que sa propre langue fait déjà ne coûte aucun effort ; celles qu’elle ne fait pas sont celles qui valent d’être travaillées.

C’est pourquoi chacun des 9 groupes dit d’abord ce que fait un francophone à la place. C’est là l’information véritable ; les mots en dessous en sont les preuves. Il n’y a pas de transcription phonétique ici : qui connaît les signes n’a pas besoin de cette page, et à qui ne les connaît pas, ils ne disent rien.

r contre rr

Un battement ou un roulement — et c’est ce qui décide du mot.

Ce qui se passe : L’espagnol a deux r, et ils distinguent des mots. Le r simple entre voyelles est un seul battement très bref de la pointe de la langue contre les alvéoles, juste derrière les dents du haut — presque un d très léger. Le rr est un vrai roulement, plusieurs battements de suite. Le r du français standard ne ressemble à aucun des deux : il se forme au fond de la gorge, et l’oreille espagnole n’entend alors ni pero ni perro. En début de mot et après n, l ou s, un r écrit simple se roule aussi : Roma, alrededor, Israel. Et en fin de mot, le r se prononce toujours : l’infinitif hablar garde son r, là où « parler » perd le sien.

L’unveut direL’autreveut dire
peromaisperrole chien

Quiero venir, pero no puedo.Je veux venir, mais je ne peux pas.

La paire minimale la plus courante de la langue, et les deux mots reviennent dans presque chaque conversation.
carochercarrola charrette (en Amérique latine : la voiture)

Este hotel es demasiado caro.Cet hôtel est trop cher.

En Amérique latine, carro est le mot courant pour la voiture ; en Espagne, c’est une charrette, et la voiture se dit el coche.
corole chœur, la choralecorroje cours

Canta en el coro de la iglesia.Elle chante dans la chorale de l’église.

cerozérocerrola colline

Ganamos dos a cero.On a gagné deux à zéro.

parapourparrala treille, la vigne grimpante

Este regalo es para ti.Ce cadeau est pour toi.

n contre ñ

Une lettre à part, pour un son que le français connaît déjà.

Ce qui se passe : Le ñ est une lettre à part entière, rangée entre n et o dans l’alphabet, et son son est familier au francophone : c’est le « gn » de « montagne » ou d’« agneau ». caña se prononce donc à peu près comme on écrirait « cagna ». La difficulté n’est pas le son mais la lecture. Oublier le tilde fait de año, l’année, le mot ano, l’anus — une erreur que personne ne laisse passer. Et le piège existe dans l’autre sens : en espagnol, le groupe gn n’a jamais ce son. digno, signo, ignorar se lisent g puis n, deux sons séparés, et non comme « digne » ou « signe ».

L’unveut direL’autreveut dire
canale cheveu blanccañale demi (de bière) ; la canne, le roseau

Nos tomamos una caña en la terraza.On a pris un demi en terrasse.

sonarsonner, retentirsoñarrêver

El teléfono empezó a sonar a medianoche.Le téléphone s’est mis à sonner à minuit.

penala peine, le chagrinpeñale rocher ; le club (d’amis, de supporters)

Qué pena que no puedas venir.Quel dommage que tu ne puisses pas venir.

monole singemoñole chignon

En el zoo vimos un mono muy grande.Au zoo, nous avons vu un très grand singe.

s contre z et c

Deux sons en Espagne, un seul en Amérique.

Ce qui se passe : Dans le nord et le centre de l’Espagne, le z — et le c devant e ou i — se prononce la langue entre les dents, comme le th de l’anglais « think ». Le français n’a pas ce son, et le francophone le remplace spontanément par un s, ce qui fait tomber casa et caza sur le même mot. Ce n’est pas une faute en soi : en Andalousie, aux Canaries et dans toute l’Amérique latine, les deux se confondent, et c’est parfaitement correct. Le vrai piège est ailleurs : le français sonorise le s entre deux voyelles, et le lecteur francophone prononce casa avec le z de « rose ». En espagnol, ce s reste sourd — casa comme « casse », mesa comme « messa » — et la lettre z n’a le son de « zéro » dans aucune variété.

L’unveut direL’autreveut dire
casala maisoncazala chasse

Nuestra casa está al final de la calle.Notre maison est au bout de la rue.

En Amérique latine, aux Canaries et dans une grande partie de l’Andalousie, les deux se prononcent de la même façon : seul le reste de la phrase les distingue.
cosercoudrecocercuire

Mi abuela sabía coser muy bien.Ma grand-mère savait très bien coudre.

abrasarbrûler, embraserabrazarserrer dans ses bras

El sol abrasa a mediodía.À midi, le soleil est brûlant.

sienla tempeciencent

Pagué cien euros por el billete.J’ai payé cent euros pour le billet.

l contre ll

Un l, ou le son du y de « yeux ».

Ce qui se passe : Le ll n’est pas un l double. Dans la plupart des régions, il se prononce comme le y de « yeux » ou le « ill » de « paille », souvent un peu plus appuyé ; en début de mot, il peut se rapprocher d’un « dj ». En Argentine et en Uruguay, il devient le j de « jour », voire le ch de « chat ». Le français connaît déjà l’ambiguïté de la graphie : ll se lit l dans « ville » et « mille », mais y dans « fille ». En espagnol, c’est toujours la seconde lecture. Prononcé comme un l, pollo, le poulet, devient polo. Le l simple, lui, ne pose aucun problème : il est clair comme en français, en fin de mot aussi — sol, papel.

L’unveut direL’autreveut dire
polole pôle ; la glace à l’eau (sur bâtonnet)pollole poulet

De segundo, pollo con patatas.En plat principal, du poulet avec des pommes de terre.

malamauvaisemallala maille, le filet, le grillage

La comida no estaba mala.Le repas n’était pas mauvais.

calala criquecallail ou elle se tait

Nos bañamos en una cala pequeña.Nous nous sommes baignés dans une petite crique.

holabonjour, salutollala marmite

Hola, ¿qué tal?Salut, ça va ?

Le h est muet, comme en français : hola et olla ne diffèrent que par l et ll, alors qu’à l’écrit ils ne se ressemblent guère.

e contre i

Cinq voyelles, et chacune n’a qu’un seul son.

Ce qui se passe : L’espagnol a cinq voyelles, et chacune garde le même son, accentuée ou non. Le francophone part ici avec un vrai avantage : le français n’affaiblit pas ses voyelles hors de l’accent comme le font l’anglais ou l’allemand, et ses i et é sont nets, si bien que mesa et misa ne lui posent guère de problème. Le piège, c’est la lettre e. Le lecteur francophone la prononce volontiers comme le e muet de « le » ou de « que », ou l’avale en fin de mot. En espagnol, elle se prononce toujours pleinement, à peu près entre é et è : que, de, me ont une vraie voyelle, et leche, noche, grande ont deux syllabes. leche ne se dit pas « lèche ».

L’unveut direL’autreveut dire
mesala tablemisala messe

Las llaves están en la mesa.Les clés sont sur la table.

pesole poidspisol’appartement ; l’étage

Vivimos en un piso pequeño.Nous habitons un petit appartement.

peromaispirola sortie (familier : darse el piro, se tirer)

Es tarde, pero todavía hay luz.Il est tard, mais il fait encore jour.

Le même pero que plus haut, cette fois face à un autre son : un mot peut figurer dans deux groupes.
vendervendrevenirvenir

Quieren vender el coche.Ils veulent vendre la voiture.

Pas une vraie paire minimale, mais une confusion fréquente chez les débutants : c’est le e accentué contre le i accentué qui sépare les deux verbes.

o contre u

Le u se dit toujours « ou ».

Ce qui se passe : Ici, c’est l’orthographe qui trompe. Le u espagnol se prononce toujours « ou » : ruta se dit « routa », puso « pousso ». Lu à la française, avec le u de « rue », il donne un son que l’espagnol ne possède pas. Le o, lui, se situe entre le o fermé de « beau » et le o ouvert de « bol », sans jamais s’allonger. Un dernier réflexe est à surveiller : devant n ou m, le français nasalise la voyelle. En espagnol, con, son, un se prononcent avec une voyelle pure suivie d’un vrai n — con ne sonne pas comme « qu’on », et un ne sonne pas comme le français « un ».

L’unveut direL’autreveut dire
posole dépôt, le marcpusoil ou elle a mis

Puso las llaves en la mesa.Il a posé les clés sur la table.

rotacasséerutala route, l’itinéraire

La ventana está rota.La fenêtre est cassée.

bollaune sorte de petit pain (régional)bullale vacarme, le boucan

Había mucha bulla en la plaza.Il y avait un sacré vacarme sur la place.

comocomme ; je mangecumbrele sommet

Como en casa todos los días.Je mange à la maison tous les jours.

Pas une vraie paire minimale : ce qui compte, c’est la première voyelle — un o net dans como, un u qui se dit « ou » dans cumbre, et jamais le u de « rue ».

b contre p

Le contraste est facile ; c’est le v qui ne l’est pas.

Ce qui se passe : Pour une fois, le francophone a une longueur d’avance : comme en espagnol, les p, t et k du français ne s’accompagnent d’aucun souffle, et beso et peso restent bien distincts dans sa bouche. Ce qu’il faut apprendre est ailleurs. En espagnol, b et v sont un seul et même son : vino commence exactement comme bien, sans que les dents touchent la lèvre comme dans « vin ». Et entre deux voyelles, ce son s’adoucit : les lèvres se rapprochent sans se fermer tout à fait — cabo, lava, haba. Un b français bien plein à cet endroit s’entend comme un accent.

L’unveut direL’autreveut dire
besole baiserpesole poids

Le dio un beso en la mejilla.Elle lui a donné un baiser sur la joue.

balala balle (d’arme à feu)palala pelle

Necesitamos una pala para la nieve.Il nous faut une pelle pour la neige.

batala robe de chambre ; la blousepatala patte (d’un animal)

El perro se hizo daño en una pata.Le chien s’est fait mal à une patte.

d contre t

Entre deux voyelles, le d devient très doux.

Ce qui se passe : Le t espagnol est celui du français : la pointe de la langue contre les dents du haut, sans souffle. Le d aussi, en début de phrase et après n ou l. Mais entre deux voyelles, le d s’adoucit au point de ressembler au th de l’anglais « this », en plus léger : cada, nada, todo. Le français n’a pas ce son, et un d français bien net y paraît raide. En Espagne, il ne faut surtout pas le confondre avec le son du z : cada prononcé avec le th de « think » devient caza. En fin de mot — usted, verdad, Madrid — le d s’entend à peine.

L’unveut direL’autreveut dire
dosdeuxtosla toux

Tengo tos desde el fin de semana.Je tousse depuis le week-end.

cadachaquecatala dégustation

Cada semana vamos al mercado.Chaque semaine, nous allons au marché.

Le d de cada est le d doux d’entre deux voyelles : c’est là que la différence s’entend le mieux.
damala dametamace mot n’existe pas

La dama del cuadro lleva un vestido azul.La dame du tableau porte une robe bleue.

Une paire volontairement boiteuse : qui ne fait pas la différence ne dit pas un autre mot, il ne dit aucun mot du tout.

g contre j

Un g dur ou un son râpeux du fond de la gorge.

Ce qui se passe : Le j, et le g devant e ou i, sont un seul et même son, que le français ne possède pas : un frottement rauque au fond de la bouche, comme le ch de l’allemand « Bach ». Le r français en est proche, car il se forme au même endroit : prononcé sans voix et en soufflant plus fort, il donne un j espagnol tout à fait acceptable. Le vrai piège est la lecture : jarro et gente lus avec le j de « jardin » et le g de « gens » deviennent méconnaissables. Devant a, o et u, le g est dur comme dans « gare », et pour le garder dur devant e ou i, l’espagnol intercale un u muet, exactement comme le français : guerra comme « guerre », guitarra comme « guitare ». Là où le u doit s’entendre, il porte un tréma : pingüino, comme « aigüe » en orthographe rectifiée. Le h, enfin, est muet, comme en français.

L’unveut direL’autreveut dire
gatole chatjarrola cruche, le pichet

El gato duerme en el sofá.Le chat dort sur le canapé.

Devant a, le g est dur ; le son rauque n’y apparaît qu’avec le j — et ce j n’est jamais celui de « jardin ».
guerrala guerrejergale jargon, l’argot

La guerra terminó hace muchos años.La guerre s’est terminée il y a bien des années.

Le u de guerra ne se prononce pas : il ne sert qu’à garder le g dur, exactement comme dans « guerre ».
genteles gensguantele gant

Había mucha gente en la plaza.Il y avait beaucoup de monde sur la place.

Une lettre, deux sons : devant e, le g a le son rauque du j, jamais celui de « gens » ; devant u, il est dur — et ici le u s’entend, parce qu’un a suit.

Écouter et distinguer

L’un des deux mots est prononcé, et vous dites lequel. Deux possibilités, cela veut dire qu’au hasard on en trouve la moitié. C’est pourquoi chaque paire revient deux fois — une fois par mot. Qui n’a pas le son plafonne à cinquante pour cent sur les deux, et cela se voit ; une seule bonne réponse ne se verrait pas.