C2 · 50 mots
Présenter et esquiver
Ce qu’on fait d’une affirmation, au-delà de simplement la prononcer.
Un lecteur français reconnaît l’image de lavieren avant même d’en connaître l’origine, parce qu’il emploie la même : « louvoyer ». Au départ, les deux verbes sont des termes de marine. Un voilier ne peut pas remonter droit contre le vent ; il avance en zigzag, un bord puis l’autre, et c’est ce que l’allemand appelait lavieren — les marins disent aujourd’hui plutôt kreuzen. Le mot est venu du néerlandais laveren, formé sur loef, le côté du navire qui reçoit le vent, qui a aussi donné le Luv des marins allemands ; et « louvoyer » est construit sur « lof », emprunté au même mot. Le sens figuré a suivi dans les deux langues : Die Partei laviert zwischen den Lagern, le parti louvoie entre les deux camps, sans jamais aller droit au but. Un piège, cependant : il existe un second lavieren, sans lien avec le premier, dans les ateliers de peinture. Celui-là vient de l’italien lavare, laver, et désigne le fait d’étendre une couleur diluée à l’eau ; une lavierte Zeichnung est un dessin rehaussé au lavis. Même graphie, deux histoires : l’une vient de la mer, l’autre de l’eau du pinceau.
Les mots
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