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Prononciation de l’allemand : 36 paires minimales à écouter

Une paire minimale, ce sont deux mots qui ne diffèrent que par un seul son. Qui les distingue maîtrise le son. Qui ne les distingue pas prononce pendant des années le même mot et s’étonne qu’on lui fasse répéter.

Cette liste est plus courte que les listes habituelles, parce qu’elle suit une seule règle : elle ne contient que les distinctions qui n’existent pas en français. Une différence que sa propre langue fait déjà ne coûte aucun effort ; celles qu’elle ne fait pas sont celles qui valent d’être travaillées.

C’est pourquoi chacun des 7 groupes dit d’abord ce que fait un francophone à la place. C’est là l’information véritable ; les mots en dessous en sont les preuves. Il n’y a pas de transcription phonétique ici : qui connaît les signes n’a pas besoin de cette page, et à qui ne les connaît pas, ils ne disent rien.

Tür ou Tour

Les voyelles arrondies d’avant, ü [yː ʏ] et ö [øː œ], face à u, o, i et e.

Ce qui se passe : Ici, le francophone part avec un avantage net : le ü allemand est le « u » de « rue », le ö long est le « eu » de « peu », le ö bref celui de « peur ». La difficulté est ailleurs, dans l’orthographe. Le u allemand sans tréma se prononce « ou », et un francophone qui le lit à la française dit Mütter en croyant dire Mutter, ou drücken au lieu de drucken. Il faut donc apprendre à lire : u = « ou », ü = « u », ö = « eu ». Deux nuances ensuite : le ü bref [ʏ] de Mütter est plus relâché et plus ouvert que le « u » français, et le ö long de Höhle reste fermé comme dans « peu », même devant une consonne, là où le français dirait « eu » ouvert.

L’unveut direL’autreveut dire
Tourcircuit, excursionTürporte

Die Tour beginnt vor der Tür des Museums.La visite commence devant la porte du musée.

Tour vient du français « tour » et se prononce comme lui, avec « ou » ; Tür se dit avec le « u » de « rue ».
MuttermèreMüttermères

Eine Mutter, zwei Mütter.Une mère, deux mères.

Le tréma seul forme ici le pluriel, comme dans Bruder et Brüder. Lu à la française, le u de Mutter donne déjà le pluriel.
vierquatrefürpour

Vier Karten für heute Abend, bitte.Quatre places pour ce soir, s’il vous plaît.

Seules les lèvres changent : étirées pour vier, arrondies pour für — comme entre « si » et « su ».
schondéjàschönbeau, agréable

Es ist schon spät, aber der Abend war schön.Il est déjà tard, mais la soirée était belle.

Le ö long de schön est le « eu » fermé de « peu », pas le « eu » ouvert de « jeune ».
kennenconnaître (une personne, un lieu)könnenpouvoir, savoir faire

Sie kennen das Lied, aber sie können es nicht singen.Ils connaissent la chanson, mais ils ne savent pas la chanter.

Ici, le ö s’oppose au e et non au o : c’est la paire « air » et « heure » en français.
druckenimprimerdrückenappuyer, presser

Sie müssen zweimal drücken, um zu drucken.Il faut appuyer deux fois pour imprimer.

Le piège de la lecture : drucken se dit avec « ou », drücken avec « u ».
musstea dû, devaitmüsstedevrait, faudrait

Gestern musste ich arbeiten, und heute müsste ich eigentlich auch.Hier, j’ai dû travailler, et aujourd’hui je devrais en principe travailler aussi.

Le même tréma fait de konnte könnte et de wurde würde : toute la différence entre ce qui est arrivé et ce qui arriverait.

Stadt ou Staat

Voyelle brève contre voyelle longue : [a] et [aː], [ɛ] et [eː], [ɔ] et [oː].

Ce qui se passe : En français, la durée d’une voyelle ne distingue guère de mots, et l’oreille n’a pas appris à l’écouter. En allemand, presque chaque voyelle existe en version brève et en version longue, et la durée seule sépare deux mots : [ʃtat] est une ville, [ʃtaːt] un État. Pour e et o, le francophone connaît déjà la différence de timbre qui accompagne la durée : la brève est ouverte, comme dans « sel » ou « sotte », la longue fermée, comme dans « été » ou « saute ». Et, comme en français, les voyelles longues ne glissent pas. Ce qui reste à faire, c’est de tenir la longue nettement plus longtemps, y compris quand elle n’est pas à la fin du mot, là où le français met l’accent. L’orthographe aide : une consonne double après la voyelle (Bett, offen) la marque brève ; une voyelle double, un ie ou un h muet (Staat, Miete, Höhle) la marquent longue.

L’unveut direL’autreveut dire
StadtvilleStaatÉtat

Die Stadt bekommt Geld vom Staat.La ville reçoit de l’argent de l’État.

La graphie dt ne dit rien de la durée : la voyelle de Stadt est brève malgré tout.
BettlitBeetplate-bande

Vom Bett aus sieht sie das Beet im Garten.De son lit, elle voit la plate-bande du jardin.

Le « è » bref de « sept » dans das Bett, le « é » long et tenu dans das Beet.
offenouvertOfenfour

Die Tür vom Ofen ist noch offen.La porte du four est encore ouverte.

Le « o » ouvert de « botte » dans offen, le « o » fermé de « beau », tenu longtemps, dans Ofen.
MittemilieuMieteloyer

Die Miete ist Mitte des Monats fällig.Le loyer est à payer au milieu du mois.

Le « i » français convient pour Miete, à condition de le tenir. Celui de Mitte est bref et plus relâché, un peu vers le « é ».
Schiffbateau, navireschiefde travers, penché

Nach dem Sturm lag das Schiff schief im Hafen.Après la tempête, le bateau gisait de travers dans le port.

HölleenferHöhlegrotte, caverne

In der Höhle war es heiß wie in der Hölle.Dans la grotte, il faisait une chaleur d’enfer.

Les deux se disent lèvres arrondies. Ce qui change, c’est la durée et avec elle l’ouverture : le « eu » bref de « peur » dans die Hölle, le « eu » long de « peu » dans die Höhle.

Beeren ou Bären

Le e long [eː] contre le ä long [ɛː].

Ce qui se passe : Brefs, ä et e se prononcent de la même manière : Wände et Wende sont identiques. Longs, ce sont deux voyelles différentes — et le francophone les possède toutes les deux : Beeren a le « é » de « été », Bären le « è » de « mère ». Le contraste lui-même ne pose donc pas de problème. Ce qui peut le brouiller, c’est l’habitude française de choisir le timbre selon la syllabe plutôt que selon le mot, et de dire « è » devant un r ou dans une syllabe fermée. En allemand, le timbre est fixé par la lettre : ee, eh et e long se disent « é », ä long se dit « è », quelle que soit la consonne qui suit, et les deux sont tenus longtemps. Beaucoup de germanophones du Nord confondent eux-mêmes les deux ; la norme les distingue.

L’unveut direL’autreveut dire
BeerenbaiesBärenours

Im Herbst fressen die Bären viele Beeren.En automne, les ours mangent beaucoup de baies.

Le « é » de Beeren reste fermé malgré le r qui suit : c’est là que l’habitude française pousse vers « è ».
sehenvoirsäensemer

Wir säen im März und sehen im Mai die ersten Blätter.Nous semons en mars et nous voyons les premières feuilles en mai.

Le h de sehen ne se prononce pas ; il marque seulement la voyelle longue.
EhrehonneurÄhreépi

Es war ihr eine Ehre, die erste Ähre zu schneiden.Ce fut un honneur pour elle de couper le premier épi.

gebendonnergäbendonnerait, donneraient (subjonctif II)

Wir geben, was wir können; mehr gäben wir, wenn wir mehr hätten.Nous donnons ce que nous pouvons ; nous donnerions davantage si nous avions plus.

Un subjonctif qui tient à une seule voyelle, comme musste et müsste. Là où ä et e longs se confondent, seule la phrase les distingue.

Kirche ou Kirsche

Les deux sons de ch, [ç] et [x], face à sch et k.

Ce qui se passe : Le ch allemand représente deux sons, et c’est ce qui le précède qui décide. Après a, o, u et au, c’est [x] : Nacht, Buch, auch. Après i, e, ä, ö, ü, ei, eu, après l, n et r, et dans la terminaison -chen, c’est [ç]. Le français n’a ni l’un ni l’autre, et son orthographe tend un piège : il lit ch comme dans « chat ». Kirche devient alors Kirsche. Pour [x], le francophone remplace souvent par un k — Nacht devient nackt — ou par son propre r. Ce dernier réflexe est une bonne piste : le r de « quatre » ou de « lettre », prononcé sans voix en fin de mot, est déjà tout près de [x]. Pour [ç], prononcez le son « y » de « yeux » en chuchotant : la langue contre le palais dur, les lèvres étirées. Le sch [ʃ], lui, se fait avec les lèvres projetées en avant.

L’unveut direL’autreveut dire
Nachtnuitnacktnu

Es war eine warme Nacht, und die Kinder liefen nackt durch den Garten.C’était une nuit chaude, et les enfants couraient nus dans le jardin.

Remplacez le [x] par un k, et un mot devient l’autre.
achthuitAktacte (d’une pièce)

Der erste Akt dauert acht Minuten.Le premier acte dure huit minutes.

KircheégliseKirschecerise

Vor der Kirche verkauft sie Kirschen.Devant l’église, elle vend des cerises.

Après le r, le ch se dit [ç]. Lu comme dans « chat », l’église devient une cerise.
TeichétangTeigpâte

Die Reste vom Teig bekommen die Enten am Teich.Les canards de l’étang ont les restes de pâte.

Le g de der Teig se dit [k] parce qu’il termine le mot. Dans la terminaison -ig, il va plus loin, jusqu’à [ç] : wichtig, König.
welchquel, quelle (exclamatif)welkfané

Welch schöne Blumen — schade, dass sie schon welk sind.Quelles belles fleurs — dommage qu’elles soient déjà fanées.

bitte ou bitter

Le r du fond de la bouche, et le r qui devient voyelle.

Ce qui se passe : Au début d’une syllabe, comme dans rot ou Reise, le r allemand [ʁ] se forme au même endroit que le r français, et le francophone n’a rien à changer. Tout se joue en fin de mot, et des deux côtés de la paire. La terminaison -er n’y est pas un r, mais une voyelle brève et ouverte [ɐ], proche d’un « a » rapide et relâché ; le francophone prononce souvent le r qu’il voit, ce qui garde la paire distincte mais sonne tout de suite étranger. Le -e final, lui, est un [ə] qui se prononce toujours — alors que le francophone a l’habitude de laisser muet le e de fin de mot. Sans lui, bitte se réduit à « bitt », et eine à ein. Faites entendre le -e, ouvrez le -er vers le « a » : le contraste sonne alors allemand.

L’unveut direL’autreveut dire
bittes’il te plaît, s’il vous plaîtbitteramer

Der Kaffee ist bitter — noch Zucker, bitte.Le café est amer — encore du sucre, s’il vous plaît.

La paire à travailler en premier : un -e qu’on entend, contre un -er qui sonne presque comme un « a » bref, sans r au fond de la gorge.
eineuneeinerl’un (d’entre eux)

Einer der Gäste hat eine Frage.L’un des invités a une question.

La terminaison porte la grammaire : genre, cas, présence ou non d’un nom derrière. Sans le -e final, eine devient ein, et la phrase ne tient plus.
diesecette, cesdieserce, cet (masculin)

Dieser Stuhl ist bequem, diese Bank nicht.Cette chaise est confortable ; ce banc, non.

Dans la traduction, le genre s’inverse : der Stuhl est masculin et die Bank féminin, à l’inverse de « chaise » et « banc ».
WettepariWettertemps (météo)

Ich gehe jede Wette ein, dass das Wetter hält.Je parie ce que tu veux que le temps va tenir.

Lehreapprentissage (d’un métier)Lehrerenseignant, professeur

Nach der Lehre wurde er selbst Lehrer.Après son apprentissage, il est lui-même devenu professeur.

Les deux sortes de r dans un seul mot : le premier [ʁ] est une consonne, comme en français, le second [ɐ] une voyelle.

reisen ou reißen

Sonores entre voyelles, sourdes en fin de mot.

Ce qui se passe : Entre deux voyelles, rien de nouveau pour un francophone : comme dans « poison » et « poisson », un s simple est sonore et un ss ou un ß est sourd, et reisen se distingue de reißen exactement comme en français. Deux pièges restent. En début de mot devant une voyelle, le s allemand est sonore lui aussi : Seide et Seite commencent par un « z », pas par le « s » de « soie ». Et en fin de mot ou de syllabe, l’allemand rend sourds b, d, g et s : Rad et Rat se prononcent tous les deux [ʁaːt], Tag finit par [k]. Le français garde ces consonnes sonores (« rose », « bague », « aide »), et le francophone emporte l’habitude : un Hund avec un d bien sonore sonne étranger, même si personne ne se trompe de mot. Les paires suivent la norme du nord et du centre de l’Allemagne ; dans une grande partie du Sud, en Autriche et en Suisse, ce s est sourd lui aussi.

L’unveut direL’autreveut dire
reisenvoyagerreißendéchirer, casser net

Beim Reisen kann schon mal ein Riemen reißen.En voyage, il arrive qu’une sangle casse.

Retirez la terminaison et la différence disparaît : er reist et er reißt se disent tous deux [ʁaɪ̯st].
SeidesoieSeitecôté, page

Auf der ersten Seite geht es um Seide.La première page parle de la soie.

Les deux commencent par un « z ». Le t de Seite est en outre suivi d’un petit souffle que le t français n’a pas.
weisesageweißeblanche

Die weise alte Dame trug eine weiße Bluse.La vieille dame sage portait un chemisier blanc.

En fin de mot, les deux se rejoignent : weiß — « blanc », et aussi « je sais » — se dit [vaɪ̯s].
heiserenrouéheißerplus chaud

Je heißer der Saal wurde, desto heiserer klang der Redner.Plus la salle chauffait, plus l’orateur avait la voix enrouée.

MusemuseMußeloisir, tranquillité

Ohne Muße küsst einen auch die Muse nicht.Sans loisir, même la muse ne vous embrasse pas.

En allemand, celui que l’inspiration visite a été embrassé par la muse : von der Muse geküsst werden.

Eis ou heiß

Le coup de glotte [ʔ] devant voyelle, face à h et r.

Ce qui se passe : Le français enchaîne et fait la liaison : « vous avez » se dit « vou-za-vé ». L’allemand ne lie pas un mot ou un radical qui commence par une voyelle à ce qui précède : il ferme la gorge un instant et la rouvre, c’est le coup de glotte [ʔ]. Le français connaît la place de ce geste sans le faire toujours : c’est la coupure de « les | haricots », là où le h aspiré interdit la liaison. Enchaîné à la française, vereisen devient verreisen. Le second piège est le h, muet en français et prononcé en allemand. Sans lui, Haus devient aus et heiß devient Eis. Le h allemand n’est qu’un souffle, celui qu’on fait pour embuer une vitre.

L’unveut direL’autreveut dire
Eisglaceheißchaud, brûlant

Wenn es heiß ist, wollen alle Eis.Quand il fait chaud, tout le monde veut une glace.

La paire typique du francophone : sans le h, la chaleur devient glace.
aushors de, deHausmaison

Um acht geht sie aus dem Haus.Elle sort de la maison à huit heures.

EndefinHändemains

Am Ende des Tages hatten alle kalte Hände.À la fin de la journée, tout le monde avait les mains froides.

Le coup de glotte vaut aussi entre deux mots : am Ende se dit [am ˈʔɛndə], jamais « a-mende » avec une liaison.
vereisengeler, se couvrir de glaceverreisenpartir en voyage

Wir wollten morgen verreisen, aber die Straßen sollen vereisen.Nous voulions partir en voyage demain, mais les routes risquent de geler.

Le coup de glotte est à l’intérieur du mot, au début du radical : ver|eisen [fɛɐ̯ˈʔaɪ̯zn̩]. Enchaînez avec le r, et vous partez en vacances au lieu de geler.

Écouter et distinguer

L’un des deux mots est prononcé, et vous dites lequel. Deux possibilités, cela veut dire qu’au hasard on en trouve la moitié. C’est pourquoi chaque paire revient deux fois — une fois par mot. Qui n’a pas le son plafonne à cinquante pour cent sur les deux, et cela se voit ; une seule bonne réponse ne se verrait pas.