Prononciation du portugais : 38 paires minimales à écouter
Une paire minimale, ce sont deux mots qui ne diffèrent que par un seul son. Qui les distingue maîtrise le son. Qui ne les distingue pas prononce pendant des années le même mot et s’étonne qu’on lui fasse répéter.
Cette liste est plus courte que les listes habituelles, parce qu’elle suit une seule règle : elle ne contient que les distinctions qui n’existent pas en français. Une différence que sa propre langue fait déjà ne coûte aucun effort ; celles qu’elle ne fait pas sont celles qui valent d’être travaillées.
C’est pourquoi chacun des 6 groupes dit d’abord ce que fait un francophone à la place. C’est là l’information véritable ; les mots en dessous en sont les preuves. Il n’y a pas de transcription phonétique ici : qui connaît les signes n’a pas besoin de cette page, et à qui ne les connaît pas, ils ne disent rien.
Voyelle ouverte, voyelle fermée
Le français connaît la différence — mais les accents écrits disent le contraire pour le e.
Ce qui se passe : Le portugais a deux o et deux e, et ils distinguent des mots, exactement comme « côte » et « cote » ou « fée » et « fait » en français. Le son n’est donc pas nouveau ; ce sont les accents écrits et la place de la voyelle qui piègent. En portugais, l’accent aigu marque toujours la voyelle ouverte et le circonflexe la voyelle fermée. Pour le o, cela tombe bien : ô se prononce comme dans « côte ». Pour le e, c’est l’inverse du français : é est ouvert comme dans « fête », et ê fermé comme dans « été ». Deuxième piège : en français, un o en fin de mot est presque toujours fermé (« vélo », « trop »), si bien que le francophone prononce avó comme avô. Il faut oser un o ouvert, celui de « bol », tout au bout du mot. Là où il n’y a pas d’accent écrit, la différence ne se voit pas : il faut l’apprendre avec le mot.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| avô | le grand-père | avó | la grand-mère |
O meu avô mora no Porto.Mon grand-père habite à Porto. La paire la plus connue de la langue. Le circonflexe ferme le o comme dans « côte » ; l’aigu l’ouvre comme dans « bol » — même en fin de mot, où le français ne l’ouvre jamais. | |||
| por | par, à travers | pôr | mettre, poser |
Vou pôr a mesa.Je vais mettre la table. Une préposition et un verbe, que seul le circonflexe sépare à l’écrit. À l’oral, por est inaccentué et son o se réduit à un ou. | |||
| posso | je peux | poço | le puits |
Não posso ir hoje.Je ne peux pas y aller aujourd’hui. Le o de posso est celui de « porte », celui de poço celui de « pause ». Le o final, lui, se dit ou dans les deux. | |||
| forma | la forme, la manière | fôrma | le moule (à gâteau) |
Não é a melhor forma de o dizer.Ce n’est pas la meilleure façon de le dire. L’accord orthographique de 1990 rend le circonflexe de fôrma facultatif : souvent, seul le contexte distingue les deux mots à l’écrit. | |||
| nós | nous (sujet) | nos | nous (complément : il nous voit) |
Nós vamos a pé.Nous, on y va à pied. Le français dit « nous » dans les deux cas ; le portugais distingue le pronom accentué, au o ouvert, du pronom complément, dont le o se réduit à un ou. | |||
| este | ce, celui-ci | está | il est (état, lieu) |
Este comboio está atrasado.Ce train est en retard. | |||
| sede | la soif | seda | la soie |
Tenho sede.J’ai soif. Le e final de sede s’entend à peine, comme un e muet ; le a final de seda, lui, reste audible. | |||
Voyelles nasales
Le principe est familier ; les voyelles, elles, ne sont pas celles du français.
Ce qui se passe : Le francophone sait déjà ce que la plupart des apprenants doivent découvrir : une voyelle devant m ou n en fin de syllabe passe par le nez, et la consonne elle-même ne s’entend pas. Le piège est ailleurs : il reprend les voyelles nasales du français, qui n’ont pas le même timbre. sim n’est pas « sain » : c’est un i bien fermé, passé par le nez, que le français ne possède pas ; de même, um n’est pas « un », mais un ou nasal. Le ã de lã est plus fermé que le « an » de « lent ». Et le portugais a des diphtongues nasales, que le français ignore totalement : mão se termine par un glissement vers un ou nasal, bem vers un i nasal — ni « man-o » pour l’un, ni « bain » pour l’autre. La différence porte le sens : lá, c’est « là-bas », lã, la laine.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| lá | là-bas | lã | la laine |
A camisola é de lã.Le pull est en laine. La preuve la plus courte que le tilde est un son et non un ornement. | |||
| mau | mauvais | mão | la main |
Dá-me a mão.Donne-moi la main. mau se dit à peu près « ma-ou » en une syllabe ; mão est la même glissade, mais tout entière par le nez. | |||
| pau | le bâton | pão | le pain |
Comprei pão na padaria.J’ai acheté du pain à la boulangerie. | |||
| vi | j’ai vu | vim | je suis venu |
Vim de comboio.Je suis venu en train. Le im de vim reste un i : ce n’est pas le « vin » français. | |||
| si | soi | sim | oui |
Sim, com certeza.Oui, bien sûr. | |||
| ri | il rit | rim | le rein |
Ele ri muito.Il rit beaucoup. | |||
| lê | il lit | lem | ils lisent |
Ele lê o jornal todos os dias.Il lit le journal tous les jours. La troisième personne du pluriel s’écrit en réalité leem ; la forme lem ne figure ici que pour montrer la voyelle nasale. | |||
| cá | ici | cã | le cheveu blanc |
Vem cá!Viens ici ! | |||
Les deux r
Le r double est le vôtre ; c’est le r simple qu’il faut apprendre.
Ce qui se passe : Au Portugal, le rr et le r en début de mot se forment au fond de la gorge, et le r du français standard en est très proche : carro, rua, Rio ne posent aucun problème. Le piège est justement là. Entre deux voyelles, le r simple est tout autre chose : un seul battement très bref de la pointe de la langue derrière les dents du haut, presque un d léger. Qui garde partout son r français dit carro, la voiture, en voulant dire caro, cher. Le même battement vaut en fin de syllabe : mar, porta. Qui sait rouler le r de l’espagnol ou de l’italien a déjà le bon geste ; il suffit de n’en faire qu’un seul battement.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| caro | cher | carro | la voiture |
Este hotel é muito caro.Cet hôtel est très cher. La paire sur laquelle tout ce groupe se joue. Avec le r de gorge français, caro devient carro : il faut un battement de langue. | |||
| coro | le chœur | corro | je cours |
Corro todas as manhãs.Je cours tous les matins. | |||
| moro | j’habite | morro | la colline |
Moro perto da estação.J’habite près de la gare. | |||
| para | pour | parra | la feuille de vigne |
Isto é para ti.C’est pour toi. Dans la conversation, para se réduit souvent à une seule syllabe, « pra » : raison de plus pour que le r reste un battement. | |||
| era | il était | erra | il se trompe |
Era tarde quando chegámos.Il était tard quand nous sommes arrivés. | |||
| coral | le corail | corral | l’enclos |
O coral é vermelho.Le corail est rouge. corral est rare ; le mot courant pour l’enclos est curral. La paire est là parce qu’elle montre le r dans un autre entourage que carro. | |||
lh et nh
Le nh est le « gn » de « montagne » ; le lh est son pendant avec un l.
Ce qui se passe : nh ne demande aucun effort : c’est le son de « gn » dans « montagne » ou « agneau », simplement écrit autrement. Il faut seulement ne pas lire le n comme une voyelle nasale : dans sonho, le o reste un o et n’a rien du « on » de « son ». lh est plus difficile, parce que le français moderne ne l’a plus : le milieu de la langue se colle au palais pendant qu’on dit un l. Le francophone le remplace par un simple y, comme dans « fille », ou par un l suivi d’un y — « fi-yo » ou « fil-yo » pour filho. On le comprend, mais la différence avec l porte des mots : mala est la valise, malha la maille. Autre détail qui trahit : en fin de syllabe, le l portugais est sombre, la langue creusée vers l’arrière — Portugal, mal —, jamais le l clair du français.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| mala | la valise | malha | la maille |
A mala está no carro.La valise est dans la voiture. | |||
| galo | le coq | galho | la branche |
O galo acorda cedo.Le coq se réveille tôt. | |||
| cala | il se tait | calha | la gouttière |
A calha está entupida.La gouttière est bouchée. | |||
| sono | le sommeil | sonho | le rêve |
Tenho sono.J’ai sommeil. Ter sono se dit exactement comme « avoir sommeil ». Prononcé avec nh, on annonce qu’on a un rêve. | |||
| pena | la plume ; la peine | penha | le rocher |
Que pena!Quel dommage ! Que pena! est l’exclamation de tous les jours, là où le français dit « quel dommage » — pas « quelle peine ». | |||
s, ss, ç et z
Entre deux voyelles, tout se lit comme en français ; en fin de mot, rien.
Ce qui se passe : Ici, le francophone est chez lui, à un point près. Le s entre deux voyelles est sonore comme dans « rose », ss et ç sont sourds comme dans « casse » et « ça », le z est celui de « zéro », et le s en début de mot est toujours sourd : les règles sont celles du français. Le point qui change tout, c’est la fin du mot. En français, le s final est muet ; au Portugal, il se prononce, et comme un « ch » : as portas se dit à peu près « ach portach ». Devant une consonne sonore, il devient un « j » : mesmo sonne presque « méjmou ». Devant une voyelle, il se lie en z, comme dans une liaison française : os amigos. Le francophone qui lit à la française supprime donc le pluriel entier, et c’est souvent ce qui le rend difficile à comprendre.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| casa | la maison | caça | la chasse |
A casa é grande.La maison est grande. Exactement la différence entre « case » et « casse » : ici, lire à la française donne le bon son. | |||
| assar | rôtir | azar | la malchance |
Que azar!Pas de chance ! azar ressemble à « hasard », mais veut dire « malchance » : que azar! se dit quand quelque chose tourne mal. | |||
| louça | la vaisselle | lousa | l’ardoise |
A louça está na cozinha.La vaisselle est dans la cuisine. Attention au ou : au Portugal, il se prononce comme un o fermé, celui de « eau », et non comme le « ou » français. | |||
| passo | le pas | paço | le palais |
Vamos passo a passo.Allons-y pas à pas. Ici, les deux mots se prononcent pareil : la paire montre que ss et ç écrivent le même son, comme en français « passer » et « façon ». | |||
| sela | la selle | zela | il veille sur |
A sela é de cabedal.La selle est en cuir. La même opposition que « selle » et « zèle » en français, avec le même e ouvert : rien à changer. | |||
| coser | coudre | comer | manger |
Vamos comer às oito.On mange à huit heures. coser, coudre, se prononce exactement comme cozer, cuire : là, seule l’orthographe fait la différence. | |||
Où tombe l’accent
L’accent écrit n’apparaît que là où la règle ne s’applique pas.
Ce qui se passe : Un mot qui se termine par a, e ou o — suivis ou non d’un s — ou par -am, -em, -ens est accentué sur l’avant-dernière syllabe ; les autres, sur la dernière. Un accent écrit signale une exception et dit où appuyer. Pour un francophone, la difficulté est plus profonde que la règle : le français n’accentue pas les mots, il allonge la dernière syllabe d’un groupe, et aucun mot français ne change de sens selon la syllabe appuyée. En portugais, c’est le cas : esta est « cette », está « il est ». Le réflexe français — tout à plat, ou tout sur la fin — donne un mot qui n’existe pas ou le mauvais. Et comme les voyelles inaccentuées s’effacent presque, un accent mal placé fait entendre la syllabe qui devait disparaître et avale celle qui devait porter le mot.
| L’un | veut dire | L’autre | veut dire |
|---|---|---|---|
| esta | cette | está | il est (état, lieu) |
Esta chave não está aqui.Cette clé n’est pas ici. La faute d’accent la plus fréquente, parce que les deux mots peuvent apparaître dans presque chaque phrase. | |||
| sabia | je savais, il savait | sabiá | le sabiá (une grive du Brésil) |
Eu não sabia disso.Je ne le savais pas. | |||
| duvida | il doute | dúvida | le doute |
Não há dúvida nenhuma.Il n’y a aucun doute. Le même mot, verbe d’un côté et nom de l’autre, et seul l’accent dit lequel. | |||
| fabrica | il fabrique | fábrica | l’usine |
A fábrica fecha às seis.L’usine ferme à six heures. Le réflexe français — appuyer sur la fin, « fabri-CA » — ne donne ni l’un ni l’autre. | |||
| secretaria | le secrétariat | secretária | la secrétaire ; le bureau (meuble) |
A secretaria abre às nove.Le secrétariat ouvre à neuf heures. | |||
| e | et | é | il est, elle est |
O pão é fresco e barato.Le pain est frais et bon marché. é sonne comme le « est » français, avec un e ouvert ; la conjonction e, elle, se dit au Portugal comme un i bref. | |||
Écouter et distinguer
L’un des deux mots est prononcé, et vous dites lequel. Deux possibilités, cela veut dire qu’au hasard on en trouve la moitié. C’est pourquoi chaque paire revient deux fois — une fois par mot. Qui n’a pas le son plafonne à cinquante pour cent sur les deux, et cela se voit ; une seule bonne réponse ne se verrait pas.