Formation des mots en portugais : préfixes et suffixes
Un vocabulaire grandit de deux façons. L’une consiste à apprendre de nouveaux mots — c’est la lente. L’autre, ce sont les 29 éléments de cette page : avec un mot et quelques-uns d’entre eux, on a toute une famille.
Les suffixes comptent plus que les préfixes, pour une raison qu’on lit rarement : ils indiquent la nature du mot. Grâce à eux, on situe un mot inconnu dans la phrase avant de savoir ce qu’il veut dire.
Les préfixes qui nient
Trois préfixes pour dire « non » et un qui défait ce qui est fait — les mêmes qu’en français.
| Élément | Sens | Exemples |
|---|---|---|
| in- | le contraire ; en français in-, im-, il-, ir- | incerto, inútil, infeliz, incapaz |
| Mêmes règles qu’en français : im- devant b et p (impossível, impaciente), i- devant l et r. Mais là où le français double la consonne, le portugais n’en écrit qu’une devant l : ilegal, « illégal » ; devant r, il la double comme le français : irregular. | ||
| des- | défait ou inverse ; en français dé-, dés- | desfazer, desarrumar, desligar, desonesto |
| Le portugais garde le s devant consonne, là où le français l’a perdu : desfazer, « défaire ». Il est aussi productif que « dé- » et se comprend même absent du dictionnaire. Deux pièges : desligar veut dire « éteindre », parce que ligar veut dire « allumer » (et « appeler au téléphone ») ; et desonesto se dit en français « malhonnête », avec un autre préfixe. | ||
| a- | sans, privé de ; en français a-, an- | atípico, anormal, apolítico, assimétrico |
| Comme en français, an- devant voyelle : anormal. La différence est dans l’orthographe : devant s, le portugais double la consonne pour qu’elle reste sourde, puisqu’un s seul entre deux voyelles se prononce [z] : assimétrico, là où le français écrit « asymétrique » avec un seul s tout en le prononçant [s]. | ||
| anti- | contre ; en français anti- | antipático, antibiótico, antivírus, anticorpo |
| Le couple existe tel quel en français : antipático et simpático, « antipathique » et « sympathique », même racine et préfixe opposé. On apprend les deux d’un coup. | ||
Les préfixes qui ajoutent quelque chose
De nouveau, avant, sur, sous, entre, avec.
| Élément | Sens | Exemples |
|---|---|---|
| re- | de nouveau ; en français re-, ré- | refazer, reler, rever, repetir |
| Le préfixe le plus productif de la langue, comme en français. Une différence : devant une voyelle, le français l’abrège souvent (« rouvrir », « rallumer »), le portugais le garde entier — reabrir, reacender. | ||
| pre- | avant ; en français pré- | prever, preparar, prevenir, prefácio |
| Le français met toujours l’accent ; le portugais ne le met que lorsque le préfixe garde son propre accent tonique, et il ajoute alors un trait d’union : pré-histórico, pré-pago, là où le français écrit « préhistorique » d’un seul tenant. Soudé au mot, il n’a ni accent ni trait d’union : prever, preparar. | ||
| sobre- | sur, au-dessus, en trop ; en français sur- | sobremesa, sobreviver, sobrecarga, sobretudo |
| Sobre- correspond à « sur- » : sobreviver, « survivre », sobrecarga, « surcharge ». Sobremesa, littéralement « sur la table », est le dessert. Et sobretudo suit « surtout » jusqu’au bout : l’adverbe, et le nom d’un manteau, le pardessus. | ||
| sub- | sous, en dessous ; en français sous-, sub- | sublinhar, submarino, subsolo, subtítulo |
| Là où le français dit « sous- », le portugais garde la forme latine sub- : sublinhar, « souligner », subsolo, « sous-sol », subtítulo, « sous-titre », submarino, « sous-marin ». | ||
| entre- | entre, à moitié ; en français entre- | entreaberto, entrever, entretanto, entrelinhas |
| Les deux mêmes sens qu’en français, « entre » et « à moitié » : entreaberto, « entrouvert », entrever, « entrevoir ». Ler nas entrelinhas, c’est « lire entre les lignes ». | ||
| con- | avec, ensemble ; en français con-, co- | conviver, conjunto, convidar, concidadão |
| Devant voyelle, souvent co- : cooperar, colega. Convidar est le verbe courant pour « inviter » ; le français « convier » en est le cousin, mais il est resté soutenu. Concidadão, c’est « concitoyen ». | ||
Les suffixes qui font des noms
D’un verbe ou d’un adjectif, on passe à une personne, une action, une boutique ou une qualité — avec une surprise sur le genre.
| Élément | Sens | Exemples |
|---|---|---|
| -dor | la personne qui le fait ; en français -eur, -teur | trabalhador, comprador, morador, vendedor |
| Là où le français hésite entre « -eur / -euse » et « -teur / -trice », le portugais n’a qu’une forme, au féminin -dora : o vendedor, a vendedora. La voyelle du verbe reste devant : -ador, -edor, -idor. Morador, c’est l’habitant d’une rue ou d’un immeuble. | ||
| -ção | l’action devenue chose ; en français -tion | informação, arrumação, formação, explicação |
| Presque chaque mot français en « -tion » a son jumeau en -ção, féminin lui aussi. Au pluriel, la voyelle change : « -tions » se dit -ções, as informações. Arrumação, en revanche, n’a pas de jumeau : c’est le rangement. | ||
| -agem | l’opération, le processus ; en français -age | lavagem, passagem, aterragem, garagem |
| Le piège est le genre : « -age » est masculin en français, -agem toujours féminin en portugais. « Le voyage » se dit a viagem, « le garage » a garagem, « le message » a mensagem, « l’atterrissage » a aterragem. | ||
| -eiro | celui qui en fait son métier ; en français -ier | cozinheiro, jardineiro, livreiro, engenheiro |
| Féminin en -eira, comme « -ière » : a cozinheira. Et, comme en français, la même terminaison nomme l’arbre qui porte le fruit : a laranjeira est l’oranger, a cerejeira le cerisier. Seule différence : l’arbre portugais est féminin. | ||
| -aria | la boutique où on le vend ; en français -erie | livraria, papelaria, sapataria, mercearia |
| La même idée que « -erie », avec un a : livraria, papelaria, comme « librairie » et « papeterie ». A mercearia est l’épicerie, a sapataria le magasin de chaussures. Les deux boutiques les plus utiles sont à part : a padaria pour le pain, a farmácia pour les médicaments. | ||
| -mento | le résultat de l’action ; en français -ment | pagamento, conhecimento, casamento, estacionamento |
| Masculin, comme « -ment » : o pagamento, « le paiement ». Les verbes en -ar donnent -amento, ceux en -er et -ir -imento. Le mot courant n’est pas toujours le même : conhecimento est « la connaissance », casamento « le mariage ». | ||
| -ista | qui en fait son métier ou sa position ; en français -iste | dentista, jornalista, motorista, artista |
| Comme en français, seul l’article change : o dentista, a dentista. Faux ami : motorista est la personne qui conduit par métier, le chauffeur, et non un « motoriste ». | ||
| -eza | la qualité devenue chose ; en français -esse | limpeza, grandeza, tristeza, riqueza |
| Souvent « -esse » : tristeza, « tristesse », riqueza, « richesse ». Pas toujours : grandeza est « la grandeur », et limpeza, de limpo, « propre », veut dire la propreté et, le plus souvent, le ménage. | ||
| -dade | la qualité devenue chose ; en français -té | novidade, felicidade, velocidade, curiosidade |
| Là où le français a réduit la terminaison à « -té », le portugais garde -dade : « curiosité », curiosidade, « vérité », verdade, « cité », cidade — qui est simplement la ville. Féminin, comme en français. Uma novidade est « une nouveauté » et, plus souvent, « une nouvelle ». | ||
| -ada | une action, ou ce que contient une chose ; en français -ée | chegada, entrada, colherada, dentada |
| Le parallèle est presque parfait : a chegada, « l’arrivée », a entrada, « l’entrée », uma colherada, « une cuillerée ». Avec les deux mêmes sens : l’action, et ce qui tient dans un objet ou le coup qu’on donne avec — uma dentada est un coup de dent. | ||
Les suffixes qui font des adjectifs
D’un nom ou d’un verbe, on passe à une qualité, et de la qualité à un adverbe.
| Élément | Sens | Exemples |
|---|---|---|
| -oso | plein de ; en français -eux | chuvoso, caloroso, perigoso, saboroso |
| Féminin -osa, comme « -euse » : perigoso, perigosa, « dangereux, dangereuse ». Ce que le français n’a pas, c’est le changement de voyelle : le o avant la finale est fermé dans perigoso, ouvert dans perigosa, perigosos et perigosas. | ||
| -al | qui se rapporte à ; en français -al, -el | semanal, pessoal, mundial, natural |
| Au pluriel, -al perd son l et devient -ais : mundiais, « mondiaux », mais aussi pessoais, là où « personnels » garde le sien. Et il forme son adjectif sur le mot courant : semanal, de semana, là où le français emprunte « hebdomadaire » au grec. | ||
| -ável | qu’on peut faire (sur les verbes en -ar) ; en français -able | lavável, amável, agradável, confortável |
| Là où le français dit « -able », le portugais met un v et un accent : lavável, agradável, confortável. Pluriel en -áveis, sans le l. | ||
| -ível | qu’on peut faire (sur les verbes en -er et -ir) ; en français -ible | visível, possível, legível, terrível |
| Le même changement sur « -ible » : visível, possível, terrível ; pluriel en -íveis. Le radical n’est pas toujours celui du verbe d’aujourd’hui : legível, « lisible », remonte au latin legere et non à ler. | ||
| -mente | fait d’un adjectif un adverbe ; en français -ment | certamente, calmamente, claramente, livremente |
| Il se greffe sur la forme féminine, comme en français : certa → certamente, « certaine » → « certainement ». Deux différences : l’accent écrit disparaît (rápido → rapidamente), et quand deux adverbes se suivent, seul le dernier porte la terminaison — calma e claramente, « calmement et clairement ». | ||
Les suffixes qui donnent le ton
Petit, gros, affectueux : ce que le français dit avec un adjectif, le portugais le dit avec une terminaison.
| Élément | Sens | Exemples |
|---|---|---|
| -inho | rend petit, gentil ou affectueux ; en français, le plus souvent « petit » | livrinho, bonitinho, cafezinho, pouquinho |
| Le français a des diminutifs (« -et », « -ette »), mais il ne les crée plus à volonté ; ce que -inho fait, il le fait avec « petit ». Et comme dans « un petit café », il ne s’agit presque jamais de taille : um cafezinho est un café offert avec gentillesse, um pouquinho « un tout petit peu ». Devant la terminaison, c devient qu et g devient gu. | ||
| -inha | la même chose sur les mots féminins | casinha, mesinha, portinha, florzinha |
| La terminaison garde le genre du mot auquel elle s’accroche, même quand il finit par -a : a casinha, mais um probleminha, « un petit souci ». Si le mot ne finit pas par une voyelle atone, un z s’intercale : flor → florzinha. | ||
| -ão | rend grand ; en français gros, grand | portão, casarão, narigão, rapagão |
| Attention au sosie : le « -on » français rapetisse (« chaton », « ourson »), le -ão portugais grossit. Féminin en -ona. Il fait souvent un mot masculin sur un mot féminin : a porta → o portão, la grande porte, le portail. Et tout mot en -ão n’est pas un augmentatif : o pão, a mão et tous les mots en -ção sont des mots ordinaires. | ||
| -zinho | le diminutif avec un z de liaison | cafezinho, pãozinho, pezinho, solzinho |
| Après une voyelle accentuée, une consonne ou -ão, un z vient se glisser. L’accent écrit disparaît (pé → pezinho), et au pluriel les deux parties changent : pães → pãezinhos. Le féminin -zinha figure avec -inha : flor → florzinha, mão → mãozinha. | ||