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Formation des mots en italien : préfixes et suffixes

Un vocabulaire grandit de deux façons. L’une consiste à apprendre de nouveaux mots — c’est la lente. L’autre, ce sont les 31 éléments de cette page : avec un mot et quelques-uns d’entre eux, on a toute une famille.

Les suffixes comptent plus que les préfixes, pour une raison qu’on lit rarement : ils indiquent la nature du mot. Grâce à eux, on situe un mot inconnu dans la phrase avant de savoir ce qu’il veut dire.

Les préfixes qui nient

Dire le contraire — avec les préfixes du français, plus un que le français n’a pas : s-.

ÉlémentSensExemples
in-le contraire ; in-incapace, inutile, incerto, infelice
Il se comporte comme le « in- » français : im- devant b et p (impossibile), il- et ir- devant l et r (illegale, irreale). Attention toutefois : infelice ne se dit pas « infélice » mais « malheureux ».
s-inverse ou nie ; souvent dé-, dés-sfortuna, scomodo, sconosciuto, sleale
Le plus italien des préfixes de cette page, et le français n’en a pas l’équivalent. Il répond le plus souvent au « dé- » français : sfare, « défaire » ; sleale, « déloyal » ; scaricare, « décharger ». Devant b, d, g, l, m, n, r et v, ce s se prononce comme un z : sleale, sgradevole.
dis-défait, désunit ; dé-, dés-, dis-disfare, disonesto, disordine, disattento
Là où l’italien écrit dis-, le français écrit le plus souvent « dé- » ou « dés- » : disordine, « désordre » ; disfare, « défaire ». Parfois il passe par « mal- » : disonesto, « malhonnête ». Disfare et sfare veulent dire la même chose.
a-sans, privé de ; a-apolitico, atipico, anormale, asimmetrico
Le même « a- » grec qu’en français, dans les mêmes mots savants : apolitico, « apolitique » ; atipico, « atypique ». Devant une voyelle, il devient an- : analfabeta, « analphabète ».

Les préfixes qui ajoutent quelque chose

De nouveau, avant, au-dessus, en dessous, avec, à travers.

ÉlémentSensExemples
ri-de nouveau ; re-rifare, rivedere, ripetere, rileggere
Le « re- » français, avec un i : rifare, « refaire » ; rileggere, « relire ». Il se pose devant presque n’importe quel verbe. Là où le français contracte, l’italien le garde entier : riaprire, « rouvrir » ; rientrare, « rentrer ».
pre-avant ; pré-prevedere, preavviso, prenotare, premettere
Le « pré- » français, sans accent : prevedere, « prévoir » ; preavviso, « préavis ». Mais prenotare veut dire « réserver », et une réservation est una prenotazione.
sopra-au-dessus, plus que nécessaire ; sur-soprattutto, sopravvivere, soprannome, sopravvalutare
Il suit le « sur- » français presque mot pour mot : soprattutto, « surtout » ; sopravvivere, « survivre » ; soprannome, « surnom » ; sopravvalutare, « surestimer ». La consonne qui suit est doublée : sopra et tutto donnent soprattutto. Une forme courte existe aussi : sorvegliare, « surveiller ».
sotto-en dessous, pas assez ; sous-sottoterra, sottovalutare, sottotitolo, sottopassaggio
Le « sous- » français : sottovalutare, « sous-estimer » ; sottotitolo, « sous-titre ». L’italien écrit en un seul mot ce que le français écrit avec un trait d’union.
stra-à l’excès ; archi-, super-stracarico, strapieno, straricco, stravedere
Familier et très vivant : il se pose sur presque n’importe quel adjectif, comme « archi- » ou « super- » dans le français parlé. Straricco, « richissime » ; strapieno, « archiplein ». Stravedere per qualcuno, c’est être fou de quelqu’un.
con-avec, ensemble ; co-, con-convivere, concittadino, collaborare, coinquilino
Il change de forme comme en français : col- devant l (collaborare, « collaborer »), com- devant b et p, co- devant une voyelle. Coinquilino se lit co- et inquilino, « locataire » : c’est le colocataire.
tra-à travers, d’un côté à l’autre ; trans-tradurre, trasferire, trasmettere, traghetto
Là où le français écrit « trans- », l’italien écrit le plus souvent tras- ou tra- : trasferire, « transférer » ; trasmettere, « transmettre » ; tradurre, « traduire ». Seul, tra est une préposition : « entre », et devant une durée « dans » — tra due ore, « dans deux heures ».

Les suffixes qui font des noms

D’un verbe, on fait une personne, une action, un lieu — presque toujours comme en français.

ÉlémentSensExemples
-torela personne qui fait l’action ; -teurlavoratore, scrittore, pittore, venditore
Le « -teur » français, avec un féminin en -trice comme « -trice » : una scrittrice. Le français ne suit pas toujours : scrittore est « écrivain », pittore « peintre ».
-zionel’action ou son résultat ; -tionproduzione, stazione, attenzione, decisione
Le « -tion » français, et féminin comme lui, sans exception. Faux ami courant : la stazione est d’abord la gare.
-mentole déroulement d’une action ; -ment (noms)movimento, pagamento, cambiamento, sentimento
Le « -ment » des noms français, masculin dans les deux langues : movimento, « mouvement » ; cambiamento, « changement ». Il ne faut pas le confondre avec -mente, qui fait les adverbes : lentamente, « lentement ». Le français a une seule terminaison pour les deux, l’italien deux.
-istaqui en fait son métier ou sa conviction ; -istegiornalista, artista, dentista, turista
Comme « -iste », une seule forme au singulier pour les deux genres : il giornalista, la giornalista. Au pluriel, en revanche, l’italien distingue : i giornalisti, le giornaliste.
-eriale lieu où on le trouve ; -eriepanetteria, gelateria, libreria, macelleria
La « -erie » française : macelleria, « boucherie » ; panetteria, « boulangerie ». Faux ami : libreria est la « librairie », et aussi la bibliothèque au sens du meuble ; la bibliothèque publique est la biblioteca.
-aioqui le vend ou le fabrique ; -ier, -erfornaio, macellaio, libraio, giornalaio
Il répond au « -ier » ou « -er » des métiers : macellaio, « boucher » ; libraio, « libraire ». Les deux viennent du latin -arius. Le pluriel se fait en -ai : i fornai.
-ezzala qualité faite nom ; -esse, -eurbellezza, altezza, tristezza, grandezza
Le français dit tantôt « -esse » (tristezza, « tristesse »), tantôt « -eur » (altezza, « hauteur » ; grandezza, « grandeur »). Et bellezza est simplement « beauté ».
-itàla qualité faite nom ; -itélibertà, città, possibilità, qualità
La « -ité » française, accentuée comme elle sur la dernière syllabe. Pour cette raison, le mot ne change pas au pluriel : le possibilità, le città. Et città est la « ville », pas seulement la « cité ».

Les suffixes qui font des adjectifs

D’un nom, on fait une qualité : -oso est « -eux », -ivo est « -if ».

ÉlémentSensExemples
-osoplein de quelque chose ; -euxfamoso, pauroso, nervoso, silenzioso
Le « -eux » français : nervoso, « nerveux » ; silenzioso, « silencieux ». Pauroso peut vouloir dire « peureux », mais aussi « effrayant » : un incidente pauroso est un accident qui fait peur.
-alequi se rapporte à quelque chose ; -al, -elnazionale, personale, normale, centrale
Le français dit « -al » ou « -el » : nazionale, « national » ; personale, « personnel ». L’italien, lui, n’a qu’une forme pour les deux genres au singulier (normale) et une au pluriel (normali).
-bilequ’on peut faire ; -able, -iblepossibile, visibile, mangiabile, lavabile
Le « -able » ou « -ible » français, et tout aussi productif : lavabile, « lavable » ; visibile, « visible ». Les verbes en -are donnent -abile, les autres le plus souvent -ibile.
-evolequi porte à, qui produit ; -ablepiacevole, notevole, ammirevole, colpevole
Le français n’a pas de suffixe à part pour cela et dit presque toujours « -able » : ammirevole, « admirable » ; notevole, « notable » ; colpevole, « coupable ».
-ivoqui produit un effet ; -ifattivo, produttivo, sportivo, definitivo
Le « -if » français, avec un féminin en -iva comme « -ive » : attivo, attiva, « actif », « active ».
-esequi vient d’un lieu ; -ais, -oismilanese, francese, genovese, portoghese
Le « -ais » ou « -ois » français : milanese, « milanais » ; genovese, « génois ». Mais une seule forme au singulier pour les deux genres, et une au pluriel : milanese, milanesi. Et le nom des habitants s’écrit sans majuscule : i francesi, « les Français ».

Les suffixes qui jugent

Petit, gros, mauvais, tendre — la vraie spécialité de l’italien, et la moins française.

ÉlémentSensExemples
-ino/-inarend petit ou aimable ; petittavolino, momentino, problemino, caffettino
Le français a « -et » et « -ette », mais s’en sert bien moins ; il dit plutôt « petit ». Et comme « petit », -ino sert souvent à minimiser plus qu’à rapetisser : un problemino, c’est un « petit souci » qu’on ne veut pas prendre au sérieux.
-one/-onarend grand ; gros, grandportone, librone, donnone, stradone
Piège pour un francophone : le « -on » français rapetisse (« chaton », « ourson »), -one agrandit. Il rend souvent masculin un nom féminin : la porta donne il portone.
-accio/-acciarend mauvais ou péjoratif ; sale, -assetempaccio, ragazzaccio, parolaccia, giornataccia
Le français a bien « -asse » (« paperasse », « vinasse »), mais dans une poignée de mots ; le plus souvent, il met « sale » devant le nom : una giornataccia, « une sale journée ». Una parolaccia est un gros mot.
-uccio/-ucciarend tendre, ou un peu dépréciatifcaruccio, boccuccia, affaruccio, tesoruccio
Lequel des deux, seul le ton le dit ; à l’écrit, rien ne les distingue. Le français connaît la même hésitation avec « -ot » : « frérot » est tendre, « vieillot » ne l’est pas.
-etto/-ettarend petit et mignon ; -et, -ettelibretto, cucchiaietto, borsetta, casetta
Le plus proche du français : casetta, « maisonnette ». Mais le mot formé prend parfois un sens à lui : borsetta est un « sac à main », libretto le « livret » d’un opéra ou d’un compte.
-issimo/-issimarenforce un adjectif ; très, -issimebellissimo, buonissimo, gentilissimo, carissimo
Le français connaît « -issime » dans quelques mots (« richissime », « rarissime ») ; l’italien le pose sur presque tout adjectif. C’est un superlatif absolu : bellissimo veut dire « très beau » et non « le plus beau », qui se dit il più bello.

À vous d’essayer