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Prononciation de l’italien : 37 paires minimales à écouter

Une paire minimale, ce sont deux mots qui ne diffèrent que par un seul son. Qui les distingue maîtrise le son. Qui ne les distingue pas prononce pendant des années le même mot et s’étonne qu’on lui fasse répéter.

Cette liste est plus courte que les listes habituelles, parce qu’elle suit une seule règle : elle ne contient que les distinctions qui n’existent pas en français. Une différence que sa propre langue fait déjà ne coûte aucun effort ; celles qu’elle ne fait pas sont celles qui valent d’être travaillées.

C’est pourquoi chacun des 5 groupes dit d’abord ce que fait un francophone à la place. C’est là l’information véritable ; les mots en dessous en sont les preuves. Il n’y a pas de transcription phonétique ici : qui connaît les signes n’a pas besoin de cette page, et à qui ne les connaît pas, ils ne disent rien.

Consonne simple ou consonne double

La consonne dure vraiment plus longtemps, et c’est elle qui décide du mot.

Ce qui se passe : En italien, une consonne écrite double se prononce double : elle dure à peu près deux fois plus longtemps qu’une simple. Avec p, t et k, on l’entend comme une petite pause avant que le son ne parte : dans nonno, la voix marque un temps d’arrêt, dans nono, non. Le français écrit lui aussi beaucoup de doubles, mais ne les prononce pas : « nonne », « pomme » et « belle » n’ont qu’une consonne à l’oreille. Le francophone lit donc spontanément toutes les doubles italiennes comme des simples, et change des mots sans s’en rendre compte. Le son lui-même n’a pourtant rien de nouveau : le français le produit chaque fois que deux mots se touchent sur la même consonne, et c’est lui qui distingue « il l’a dit » de « il a dit ». Il suffit de tenir la consonne aussi longtemps à l’intérieur d’un mot. Une habitude de lecture s’y ajoute : devant n ou m, la voyelle italienne ne devient jamais nasale. anno commence par un a franc suivi d’un n tenu, et non par le son de « an ». Il faut aussi écouter la voyelle accentuée : brève devant une double, elle s’allonge devant une simple, si bien que le o de nono s’étire. L’erreur inverse existe : qui double tout par prudence dit anno quand il voulait dire ano, et c’est plus gênant.

L’unveut direL’autreveut dire
nononeuvièmenonnole grand-père

Abita al nono piano.Il habite au neuvième étage.

La paire la plus connue de la langue, et les deux mots servent tous les jours.
carocher (prix et affection)carrole chariot, la charrette

Questo albergo è troppo caro.Cet hôtel est trop cher.

Le r simple est un seul battement de la pointe de la langue, le rr un roulement de plusieurs : ni l’un ni l’autre ne se fait au fond de la gorge.
penala peine, la punitionpennale stylo, la plume

Vale la pena provare.Ça vaut la peine d’essayer.

vale la pena se construit comme « valoir la peine », et pena garde un n simple. Ni l’un ni l’autre n’a de voyelle nasale : pas de « pein ».
anol’anusannol’année, l’an

L’anno prossimo cambio lavoro.L’année prochaine, je change de travail.

La paire où une consonne trop courte devient vraiment embarrassante. Et anno ne se lit pas comme « an » : a oral, puis un n qu’on tient.
sonoje suis ; ils sontsonnole sommeil

Ho sonno, vado a letto.J’ai sommeil, je vais me coucher.

ho sonno se construit exactement comme « j’ai sommeil ». Le rêve, lui, est sogno, le même mot que le « songe » français.
casala maisoncassala caisse

Si paga alla cassa.On paie à la caisse.

Ici la règle française tombe juste pour le nord de l’Italie : un s entre voyelles s’y prononce z, comme dans « case », et ss reste toujours s, comme dans « caisse ». Dans le centre et le sud, on dit aussi casa avec un s.
notala notenottela nuit

Ha piovuto tutta la notte.Il a plu toute la nuit.

Paire imparfaite : la dernière voyelle change aussi. Là où un ct latin a donné « it » en français (« nuit », « lait », « huit »), l’italien a souvent tt : notte, latte, otto.
fatole destinfattole fait

È un fatto, non un’opinione.C’est un fait, pas une opinion.

fatto et « fait » viennent tous deux de factum : le français a fait du ct un « it », l’italien un tt.
copiala copiecoppiale couple

Sono una coppia da dieci anni.Ils sont en couple depuis dix ans.

setela soifsettesept

Il treno parte alle sette.Le train part à sept heures.

rosarose (la couleur) ; la roserossarouge (au féminin)

Ha comprato una macchina rossa.Il a acheté une voiture rouge.

papale papepappala bouillie

Il papa parlò dalla finestra.Le pape a parlé depuis la fenêtre.

Attention au faux ami : papa est le pape. Le « papa » français se dit papà, accentué sur la fin — trois mots séparés par une consonne et un accent.
polole pôlepollole poulet

Abbiamo mangiato pollo arrosto.Nous avons mangé du poulet rôti.

tutale survêtement, le bleu de travailtuttatoute

Ha lavorato tutta la settimana.Il a travaillé toute la semaine.

ecol’échoeccovoici, voilà

Ecco il tuo caffè.Voilà ton café.

Le c et le g, durs et doux

La même lettre, deux sons, et c’est la voyelle suivante qui tranche.

Ce qui se passe : La règle ressemble à celle du français : c et g sont durs devant a, o et u et changent devant e et i. Ce qui diffère, c’est le son d’arrivée. Devant e et i, le c italien n’est pas le s de « cela », mais le « tch » de « tchèque » : cena se dit « tchéna ». Et le g n’est pas le j de « gel », mais un « dj », avec un d bien présent devant : gelo se dit « djélo ». Le piège le plus sérieux est dans l’orthographe qui garde le son dur. Là où le français écrit « qu » et « gu » (« qui », « guide »), l’italien écrit ch et gh : chi se dit « ki », et ghetto comme en français. Qui lit chi à la française dit « chi », et ce son-là s’écrit sci en italien. Le u, lui, se prononce toujours, et comme « ou » : guerra se dit « gouèrra », cuore « kouoré », jamais avec le u de « cure ». Un i muet fait l’inverse du h et adoucit la lettre devant a, o et u : ciao commence par « tch », comme le « tchao » que le français écrit, et le i ne s’entend pas.

L’unveut direL’autreveut dire
cenale dînerchienapleine (forme dialectale de piena)

La cena è alle otto.Le dîner est à huit heures.

cena commence par « tch », pas par le s de « Cène » — qui est pourtant le même mot : le dernier repas du Christ.
chiquicinous ; y

Chi è alla porta?Qui est à la porte ?

Exactement l’inverse du français : chi se dit comme « qui », et c’est ci qui se dit « tchi ».
gelole gelghettole ghetto

Stanotte c’è stato il gelo.Cette nuit, il a gelé.

gelo s’écrit presque comme « gel » et commence par « dj » ; ghetto se dit comme en français.
canele chienciaosalut

Il cane dorme in giardino.Le chien dort dans le jardin.

Le français écrit « tchao », et il a raison : le i de ciao ne se prononce pas, il ne sert qu’à adoucir le c.
girole tourghirole loir

Facciamo un giro in centro.Allons faire un tour en ville.

giro commence par « dj », ghiro par le « gui » de « guitare ». Et l’italien dort lui aussi comme un loir : dormire come un ghiro.
cuorele cœurcuocole cuisinier

Il cuoco esce dalla cucina.Le cuisinier sort de la cuisine.

Devant u, le c reste dur sans aide. Le piège est le u lui-même : c’est un « ou », et cuoco se dit « kouoko », en deux syllabes.

gli et gn

L’un est le gn de « montagne » ; l’autre, un son que le français a perdu.

Ce qui se passe : gn est exactement le gn du français, celui de « montagne » et d’« agneau » : ici, le francophone part avec une longueur d’avance, et la même orthographe dit le même son. Deux détails seulement. Entre deux voyelles, le son italien est long, un peu plus tenu que dans « montagne ». Et le français prononce g et n séparément dans quelques mots savants, « gnome » ou « diagnostic » ; l’italien jamais : gnomo commence comme gnocchi. gli est plus difficile. C’est un l prononcé avec le milieu de la langue plaqué contre le palais, un seul son, qui n’est ni « li » ni le « ill » de « fille ». Le français l’a connu autrefois — c’était le l mouillé —, puis l’a remplacé par le son de « yeux ». Le francophone dit donc figlio « filio », en deux sons, ou « fiyo » ; on le comprend, mais cela s’entend. Pour le trouver, on peut partir du « li » de « lieu » et appuyer tout le dos de la langue contre le palais au lieu de la pointe seule. Devant une autre voyelle, le i de gli ne s’entend pas : figlio a deux syllabes. Et sans i, gl redevient un g suivi d’un l, comme en français : inglese.

L’unveut direL’autreveut dire
figliole filsfilole fil

Suo figlio studia a Bologna.Son fils fait ses études à Bologne.

Le gli est un seul son, ni « li » ni « y » : le dos de la langue contre le palais.
gnocchiles gnocchisnocchides nœuds du bois (mot rare)

Gli gnocchi si fanno con le patate.Les gnocchis se font avec des pommes de terre.

Le français dit déjà « gnocchis » avec le gn d’« agneau » : c’est le son juste.
bagnola salle de bainsbanjole banjo

Il bagno è in fondo al corridoio.La salle de bains est au bout du couloir.

bagno se dit comme « bagne », qui vient justement de lui ; dans banjo, un n est suivi d’un « dj ».
mogliel’épouse, la femmemollemou, molle

Sua moglie è medico.Sa femme est médecin.

D’un côté le l mouillé, de l’autre un l long : le « ill » de « fille » ne convient ni à l’un ni à l’autre.
sognole rêvesonoje suis ; ils sont

È stato solo un sogno.Ce n’était qu’un rêve.

sogno et « songe » sont le même mot latin, avec le même gn qu’en français dans « besogne ».
agliol’ailagol’aiguille

Metti poco aglio nel sugo.Mets peu d’ail dans la sauce.

sc devant e et i

Deux lettres, un seul son : celui de « ch ».

Ce qui se passe : Devant e et i, sc est un seul son, le « ch » de « chat » : pesce se dit « pé-ché », en appuyant sur la première syllabe. Le son ne pose aucun problème au francophone ; c’est la lecture qui le trahit. En français, « sc » devant e ou i se lit s (« scène », « science », « piscine »), et le réflexe fait dire « séna » pour scena, qui commence par « ch ». Devant a, o et u, ce sont deux sons, s et k, comme dans « escale » : scuola se dit « skouola ». Les lettres auxiliaires fonctionnent comme pour c et g, et là encore le français fait l’inverse : chez lui, « sch » se lit « ch » (« schéma »), alors que le sch italien garde le son dur — schema commence par « sk ». Un i placé entre sc et une autre voyelle adoucit le groupe et reste en général muet (lasciare, sciopero) ; il ne s’entend que là où il appartient au mot lui-même, comme dans sciare, qui vient de sci, le ski. Entre deux voyelles, le son est toujours long : le « ch » de pesce dure plus que celui de « pêche ».

L’unveut direL’autreveut dire
pescele poissonpescala pêche (le fruit et l’activité)

Il pesce qui è ottimo.Ici, le poisson est excellent.

Le piège est tendu : pesce, « pé-ché », sonne presque comme « pêche », et c’est pesca, dit « peska », qui veut dire la pêche — le fruit comme l’activité, exactement comme en français.
scenala scèneschemale schéma

La scena finale dura dieci minuti.La scène finale dure dix minutes.

Les deux lectures françaises sont inversées : « scène » se lit s, scena commence par « ch » ; « schéma » se lit « ch », schema commence par « sk ».
sciareskierscuolal’école

In inverno andiamo a sciare.En hiver, nous allons skier.

Dans sciare, le i s’entend, parce qu’il fait partie de sci, le ski : « chi-a-ré ». Et scuola se dit « skouola », avec un u qui est un « ou ».
usciresortiroscurosombre, obscur

Non voglio uscire adesso.Je n’ai pas envie de sortir maintenant.

Devant i, sc est « ch », devant u, s puis k : uscire se dit « ouchiré », oscuro « oskouro ».

Où tombe l’accent

L’écriture ne le montre pas, sauf en fin de mot.

Ce qui se passe : Le français n’a pas d’accent de mot : la voix appuie sur la dernière syllabe du groupe, quel que soit le mot. L’italien en a un, propre à chaque mot, et il peut distinguer deux mots. La plupart des mots italiens sont accentués sur l’avant-dernière syllabe, et rien ne l’indique. Quand l’accent tombe sur la dernière, l’écriture le marque : città, caffè, perché. Quand il tombe plus tôt, sur l’antépénultième ou avant, rien ne l’indique non plus, et c’est là que le francophone se trompe le plus souvent. Il fait l’une de deux choses. Ou bien il appuie sur la fin, par habitude, et telefono devient telefonò, qui est un autre mot ; ou bien il répartit l’effort également sur toutes les syllabes, et la phrase italienne perd son relief. abitano s’accentue sur la première syllabe, telefono sur la deuxième, et il n’y a pas d’autre moyen que de les apprendre un par un. La syllabe accentuée est aussi plus longue : quand elle se termine par une voyelle, celle-ci s’étire nettement. Enfin, l’accent écrit n’a pas le même rôle : en français, il dit comment sonne la voyelle ; en italien, il dit d’abord où appuyer, et sur le e, en plus, si la voyelle est ouverte (è) ou fermée (perché). Dans quelques paires, seul l’accent décide du mot, et l’écriture n’aide pas.

L’unveut direL’autreveut dire
ancoraencore, toujoursàncoral’ancre

Non è ancora arrivato.Il n’est pas encore arrivé.

Là où le français a deux mots, « encore » et « ancre », l’italien n’a qu’une graphie et deux accents : an-CO-ra et ÀN-co-ra. L’accent n’est écrit que pour lever le doute, et pas toujours.
metale but, la destinationmetàla moitié

Abbiamo fatto solo metà del lavoro.Nous n’avons fait que la moitié du travail.

Quand l’accent tombe sur la dernière syllabe, il s’écrit, et c’est une obligation, pas un ornement.
subitotout de suitesubìtosubi (participe)

Vengo subito, aspettami.J’arrive tout de suite, attends-moi.

Le français a la même paire : « subit » et « subi ». SU-bito veut dire tout de suite, su-BI-to est le participe de subire, « subir ».
telefonole téléphonetelefonòil téléphona, il appela

Telefonò tre volte senza risposta.Il appela trois fois sans obtenir de réponse.

L’habitude française d’appuyer sur la fin fait du nom un verbe : te-LÉ-fo-no est le téléphone, te-le-fo-NÒ une forme de telefonare.
abitanoils habitentabitarehabiter

Abitano vicino alla stazione.Ils habitent près de la gare.

A-bi-ta-no, accentué sur la première syllabe, comme abita : l’accent reste là où il est au singulier, loin de celui de l’infinitif.
papàle papapapale pape

Mio papà lavora in banca.Mon père travaille dans une banque.

papà s’accentue sur la fin, comme le « papa » français ; papa, sans accent écrit, sur la première syllabe.

Écouter et distinguer

L’un des deux mots est prononcé, et vous dites lequel. Deux possibilités, cela veut dire qu’au hasard on en trouve la moitié. C’est pourquoi chaque paire revient deux fois — une fois par mot. Qui n’a pas le son plafonne à cinquante pour cent sur les deux, et cela se voit ; une seule bonne réponse ne se verrait pas.